leçon de sabre
Articles, Japon

L’impossible n’est pas, précieuse leçon de sabre

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’on fait. »

Vous avez sûrement déjà croisé cette phrase, non ?
Peut-être même que ça vous est déjà arrivé ou que c’est arrivé à un de vos proches ?

Mais pourquoi je vous parle de ça…
Est-ce que j’ai fait quelque chose d’impossible ? Non. …
enfin…
Plus ou moins 🙂

Je vous raconte mon histoire et la superbe prise de conscience qui l’accompagne.

Mouvement impossible

En sabre, dans le style que j’apprends, au moment de dégainer on doit faire un mouvement appelé « sayabiki » (littéralement, « tirer le fourreau »).
On dégaine le sabre aux trois-quarts, et pour finir on abaisse la lame en même temps qu’on fait reculer le fourreau.
Je vous ai commandé un petit dessin explicatif (offert gracieusement par ma collège Shimizu, dans un moment de vide au travail) :

Du coup, on amène le fourreau non pas en bas, mais sur le côté le long de notre hanche, en même temps qu’on fait pivoter la lame vers le haut pour couper l’adversaire de haut en bas.
C’est un mouvement vraiment difficile, et je ne sais pas si vous arriverez vraiment à le visualiser, mais ce n’est pas important.

En tout cas, j’avais beau comprendre ce mouvement, voir mon maître et mes aînés les plus doués le faire, impossible pour moi de le réaliser. Et surtout, j’étais persuadée que c’était physiquement impossible à faire.
Je veux dire : pour sortir un objet long et non malléable d’un autre objet long et non malléable, il faut les faire bouger dans deux directions opposées (ici haut et bas). C’est logique.
Hors là, on me demande de faire haut et droite. Résultat, c’est impossible.
Même si mon maître incarne la preuve que c’est possible, dans ma tête c’est logiquement, presque scientifiquement impossible.

Prise de conscience

Alors je m’acharnais, sans progresser, à réaliser ce mouvement (j’ai tenu plusieurs mois quand même^^).
 Et tout à coup, alors que je commençais à perdre patience, j’ai pris conscience de cette petite voix dans ma tête qui disait « c’est impossible ». Et j’ai tout de suite compris que tant qu’une partie de moi en serais persuadée, je ne pourrais pas réussir le sayabiki.
Alors je me suis conditionnée, j’ai décidé que c’était possible.

J’ai fait une technique, et au moment de dégainer, j’ai écouté ma petite voix dire « c’est impossible ».
Je lui ai chuchoté « Mais si c’est possible. Même si je ne sais pas comment, c’est possible », et j’ai fait mon mouvement. 
Il n’était pas parfait, il n’était pas fluide, certes, n’empêche que, pour la première fois, je l’ai fait !
J’ai fait une nouvelle technique, le même processus, et je l’ai fait, à nouveau. Ça marchait !

Plusieurs mois sont passés depuis cette prise de conscience, et je progresse de jour en jour sur mon sayabiki. J’entraîne mon corps pour qu’il soit plus souple, plus à même de bien réussir ce mouvement, pour qu’il devienne chaque fois plus fluide. Il n’empêche que, même si c’est plus ou moins bien, j’y arrive à chaque fois. 🙂
Ce qui est amusant, c’est que je ne comprends toujours pas comment c’est possible, par contre je sais que ça l’est.

Lâcher le contrôle

Depuis, j’en ai rencontré d’autres des mouvements que je pensais impossibles. Et à chaque fois je me dis « c’est possible, déjà fais-le, ne te demande pas comment, juste fais-le, ton corps sait par où passer. »
J’ai remarqué que ce qui me bloque à chaque fois c’est le comment : je pense que c’est impossible car je ne sais pas comment le faire. Alors que si je ne réfléchis pas à comment je vais le faire, mais que je le fais tout simplement, j’y arrive.
Je ne dis pas que c’est facile. Ça me demande à chaque fois de lâcher les reines, de lâcher le contrôle et de « laisser faire ».
Peut-être que je vais serais maladroite pour le faire, peut-être que ça ne sera pas beau, pas exactement ça… J’ai réussi à fendre mon fourreau à force de passer en force pour trouver le bon mouvement. Et pourtant c’est grâce à ça que je l’ai trouvé, que j’ai dépassé le stade du « c’est impossible ».

Dans tous les domaines de vie

Et je me rends de plus en plus compte de la richesse de cette prise de conscience, pas seulement dans le sabre mais dans tous les aspects de la vie. 
Si je veux faire une conférence, et que je me dis « mais ce n’est pas possible, personne ne te connaît, tu es trop jeune, tu ne sais pas quoi dire, tu n’as pas d’expérience… », alors je me réponds « mais si c’est possible », et je le fais. Même si je ne sais pas encore comment, j’annonce que je vais faire une conférence, et je trouverai mes comment en cours de route, en faisant.

Ça me demande vraiment de lâcher le contrôle, de me lancer sans savoir comment, et c’est une des choses les plus difficiles pour moi. Et j’avance petit à petit, maintenant dans les autres aspects de ma vie, j’apprends que l’impossible n’est pas, et que j’ai juste à faire, même si j’ai peur et que je ne sais pas comment.

 

Si ça vous parle, je vous invite à être attentifs à ces endroits où vous êtes persuadés que c’est impossible, et à leur chuchoter que si ça l’est, et à le faire, quel que soit comment vous le ferez.
 Puis racontez-moi, comment c’était pour vous de réaliser l’impossible ?

Image © Maïtie Trélaün